Ils sont de plus en plus nombreux. Ils nécessitent une langue d'enseignement mieux adaptée à leur compréhension. Certains parlent d'un système axé sur une neurologie dominante. Un système qui crée souvent des déficits sociaux importants et par le fait même, brime l'autonomie des individus qui vivent avec ces défis de compréhension au quotidien.

Deux univers se rencontrent. Mais est-ce vraiment deux façons de voir les choses ?

Je ne suis pas complètement d'accord avec ce concept. Malgré plusieurs points de références névralgiques d'inclusion « sauvage », je considère que le tableau n'est pas aussi noir et blanc que le présentent certains.


L’éducation en plein changement générationnel

Il semble facile de blâmer un ensemble impromptu de la société, mais les changements ne s'amorcent réellement que lorsque chacun réfléchit à une solution évolutive. Le blâme n'est pas à porter vers un élu gouvernemental, qui à notre sens n'a pas mis en place ce que nous considérons comme meilleur. Il faut plutôt regarder les processus qui sont modifiés les uns après les autres afin d'atteindre cet objectif ultime et qu'ils soient adaptés à la société actuelle dans toute sa diversité. Qui de mieux que ceux vivant avec cette condition pour comprendre ce changement.

Pourquoi est-ce que je parle de cette diversité ? Parce que nous sommes en plein changement générationnel, surtout en ce qui concerne l'éducation. Il n'y a qu'à voir les abrogés qui s'amorcent dans la structure administrative de nos commissions scolaires. Sans compter l'arrivée d'une multitude d'écoles alternatives axées sur les intérêts et les forces des individus, de diverses philosophies d'enseignements éclectiques axées sur les 7 intelligences multiples, etc. Il est clair pour moi que notre société n'est pas contre la créativité et l'individualisation; elle n'est qu'en changement générationnel. Elle s'adapte elle aussi à l'évolution de nos mœurs, de nos besoins et de nos capacités intellectuelles.

Le changement générationnel ne doit pas être pris à la légère. Si on a lu un peu sur les différentes générations (baby-boomers, X, Y, Z,) on comprend que chacune d'entre elles n'a pas les mêmes priorités à leur épicentre. Plusieurs baby-boomers n'ont pas accédé à l'éducation à leur aisance, le travail et l'aptitude à pourvoir au besoin de leur famille étant la priorité. Ils ont développé des compétences en s'imprégnant de leur quotidien.

Les générations suivantes n'avaient pas le même moule : d'abord l'intellectualisation, puis le loisir, puis la conciliation du travail-famille. Des changements au sein de nos façons de vivre qui mènent nos perceptions sous les différents angles de ce miroir que nous reflète la société. Parmi eux, l'étude voire la compréhension du trouble sur le spectre de l'autisme (TSA), des troubles neuro-développementaux et leur intégration dans le système éducatif et non caché aux yeux du monde comme à une certaine époque.

Ces changements générationnels et l’évolution de notre société se déroulent en même temps que notre état étudie sous plusieurs angles l'autisme. Des chaires de recherches importantes sur les différents défis vécus, sur les outils efficaces, sur les stratégies et les disciplines favorisant l'apprentissage.

Avec plus de 15 ans d'expérience dans le domaine, un bon nombre de lectures en tout genre, des argumentations musclées, ainsi qu'un rapport quotidien avec plusieurs individus de tous âges vivants avec un TSA; je suis d'accord de ne pas favoriser une stratégie répétitive voire conformiste. Plusieurs personnes de notre génération tentent de passer un message plutôt anticonformiste du fonctionnement du système éducatif actuel. Cependant, nous ne pouvons passer à côté « d’une juste chance pour tous » qui permettrait d’apprendre, voire de profiter d'un environnement qui offre un plein potentiel, tant sur le plan perceptif que rationnel.

Que l'on pense qu'il est question ici d'un autre type d'intelligence, d'un handicap, d'un trouble, peu importe l'étiquette que vous retiendrez à votre sens, à mon avis personnel et professionnel, il n'existe à ce jour qu'un seul plan de match essentiel : la psychomotricité.

C'est la seule façon de devenir autonome.


La psychomotricité pour répondre aux besoins de la personne autiste

Par définition, la psychomotricité est le lien entre le corps et l'esprit. Le fait de vivre des expériences perceptives nous permettant de développer différentes zones de notre cerveau, nos différentes capacités.

Il est donc à mon sens NÉCESSAIRE d'enseigner. Les questions qui demeurent sont QUOI et COMMENT, mais certainement pas pourquoi.

Parlons de l’intensité. Je suis une fervente défenderesse de l'intensité des interventions. Pourquoi ? Tout simplement parce que les enfants et les adultes vivant avec des troubles neurodéveloppementaux nécessitent un maximum d'expériences perceptives en vue de stimuler les différentes zones du cerveau. D'apprendre. De développer. De se développer. Des aptitudes selon ses intérêts en développement. Des stratégies qui lui permettront de déterminer lui même ses futurs objectifs. Faire des choix. Donc au final, plus l'individu sera exposé à une situation, plus il deviendra disponible à profiter de éléments que celle-ci peut lui apprendre. 

Et maintenant du comment.  Il existe pour moi une discipline de base. Une rigueur de prise de notes. Une rigueur d'analyse. Le jugement professionnel pour moi, c'est d'être à l'écoute de toutes les variables et perceptions qui ont pu être observées, verbalisées, vécues. Pour moi, c'est me mettre à jour sur les différents styles d'apprentissages, confronter mes idées, argumenter en équipe multidisciplinaire, c'est être ouverte à mieux comprendre.

Malheureusement, ce ne semble pas être donné à tous. Guerre froide de balises de milieux, allégeance à un seul processus d'enseignement. Mais à quel moment l'individu est-il sorti du centre de nos préoccupations?

À quel moment, nos allégeances professionnelles sont-elles devenues plus fortes que le besoin du client? Son besoin que nous partagions les informations nécessaires au développement de son plein potentiel et que nous soyons à l'écoute les uns et les autres, sans être sur la défensive et que nous analysions ensemble ce qui fonctionne et qui ne fonctionne pas. Depuis quand le professionnel prend personnel d'avoir à ajuster sa stratégie de départ avec des données rapportées par d'autres professionnels? Selon ma propre logique, elle se trouve ici la faille. La faute ce n'est pas d'avoir accepté que l'on se soit trompé, mais plutôt de le balayer sous le tapis et de faire comme si cela n'avait pas existé et d'éviter l'analyse.

Des stratégies, il en existe pour chaque type d'individu, pour chaque type de défi, selon les termes observables de nos analyses. Idéalement, les stratégies visuelles sont sollicitées. Plusieurs professionnels ont effectué des recherches dans le domaine de l'intervention et ont mis en lumière des modèles d'intervention fantastiques favorisant le développement selon les besoins.

Ahhh ! Vous croyiez que j'allais dire selon les enfants ? Mais non ! Je parle bien de besoins.

Que nous choisissions d'utiliser un modèle conceptuel, certaines approches comportementales ou sociales, une approche médical, etc., ces stratégies ne sont rien sans une bonne planification psychomotrice.

Évitez les stress multiples et prenez des notes. Qui sommes-nous pour juger vos choix et les raisons de ces choix? Cependant, DOCUMENTEZ-LES, prenez des notes, CONFRONTEZ vos choix, ÉVALUEZ votre progression.

Je lis beaucoup sur tout ce qui se fait dans le domaine. J'en ai toujours eu une passion. Il est de notre devoir de toujours favoriser l'observation des comportements afin d'analyser l'ensemble du message et non seulement une partie de celui-ci.

Nous parlions tout à l'heure du lien du corps à l'esprit. Il est donc possible que cela ne fasse pas de sens à la première écoute. Le corps peut nous indiquer de la colère, mais lorsqu’on écoute le message on nous parle de peur. Mais ce message, l’avons-nous entendu ? Cessons de pousser sur le train pour qu'il aille plus vite. Cessons d'analyser les individus selon nos propres réactions, nos propres pensées. Tentons plutôt de créer cette interaction qui nous permettra d'avoir accès à l'individu, à son rythme, à ses intérêts. Revenons à la base !


Vers une inclusion réussie de la personne autiste

Ce que nous souhaitons pour l'individu autiste c'est qu'il développe son plein potentiel et qu'il s'autonomise davantage. Par contre, si nous jetons un oeil sur les récentes recherches des chairs en autisme, nous réalisons que les environnements d'apprentissage octroyés par le gouvernement au cours des dernières années ne correspondent pas aux attentes du développement de ce potentiel, à leur rythme, ainsi que leurs particularités. Malgré les efforts notables de plusieurs écoles en ce qui concerne la mise en place de certains groupes classes, la lourdeur ministérielle rend difficile l'atteinte des compétences, puisque cet enseignement d'un second niveau n'est pas adapté. Les attentes sociales ne le sont pas non plus, car ce sont les comportements conséquents qu'on analyse et non le comportement antécédent. Des bases de l'analyse appliquée du comportement qui devraient être enseignées si l'on souhaite réellement se diriger vers une inclusion réussie.


Parler d'autonomie n'implique pas de créer des automates, mais plutôt de rendre possible l'évolution du plein potentiel de chaque personne autiste aussi différente soit elle!