La capacité d'apprendre se révèle, voire se réveille au fil des expériences de notre quotidien. Ces expérimentations ou tentatives permettent la création de liens entre les différentes zones d'informations de notre cerveau. Les multiples connaissances en psychologie du développement et de l'apprentissage se basent sur plusieurs disciplines et théories qui expliquent l'évolution de notre savoir.

 

Parmi les divers modes d'apprentissage, celui qui est le plus accessible et favorisé tout au long de notre développement est celui de l’imitation. Certains diront que c'est par orgueil ou pour ne pas avoir à demander de l’aide lorsque nous ne savons pas comment accomplir certaines actions que nous, les humains, privilégions cette technique d’acquisition du savoir.  Quoi qu’il en soit, nous savons aujourd’hui que la principale stratégie déployée consistera à se référer à ce qui nous entoure. De ce fait, nous réussissons à acquérir de nouvelles capacités et à les adapter à notre quotidien. Ces premiers balbutiements favorisent ainsi le développement de notre propre autonomie.

En 1990, des scientifiques italiens ont réalisé à travers une expérimentation sur des singes, que le cerveau était actif et réagissait simplement en regardant ce que les autres faisaient. Le phénomène des neurones miroirs a donc été mis en lumière en réalisant que le cerveau pouvait réagir à l’entourage, qu'il en soit l'observateur ou l'acteur. Plus naturel que l'on pense, l'imitation peut aussi être un mouvement spontané. Par exemple, vous retrouverez rapidement ce souvenir de tout le monde qui se met à bailler à tour de rôle ou de la personne qui prend l’accent de l’autre sans s’en rendre compte.

Toutefois, il faut réaliser et comprendre que ce principe s'active principalement selon un processus de sélection découlant de combinaisons entre l'intention et la prévisibilité. Donc, s’il n’y a pas de sens, de but précis ou suffisamment de répétitions de comportements précis, ceux-ci risquent de ne pas se maintenir dans le temps.

À ce propos, nous savons que les parents sont des modèles signifiants pour les enfants. Leur seule présence permet à l’enfant d’enregistrer et de reproduire des comportements qu’ils ont vus et entendus à maintes reprises.  Une célèbre citation mentionne que : « si vous répétez un mensonge assez souvent, il devient la vérité ». La répétition d’un discours vient également modeler notre façon de faire et de penser. Prenons l’exemple du discours accentué sur l’estime de soi. Utilisé de façon immodérée, ce discours aura des effets pervers.  Il est important de faire la nuance entre les bons et les mauvais coups de l’enfant, car en vieillissant, il risque de penser qu’il mérite les éloges, il réclamera les honneurs et ne saura pas comment réagir aux échecs.  À l’inverse, celui qu’on rabaisse continuellement et qu’on traite par exemple, de maladroit, finit par le devenir.

En tant que société, nous souhaitons voir des jeunes gens reconnaissants, disposés à être corrigés et qui seront des acteurs dans notre monde, contribuant avec respect au bien-être des gens qui les entourent.  Notre modèle fera la différence afin de les aider à grandir.

Les bonnes comme les mauvaises habitudes s’acquièrent avec le temps, les répétitions et grâce à l’attention qu’on accorde à certains comportements et paroles. Éduquer un enfant n’est pas le fruit du hasard. Cela demande une réelle détermination sur le court terme et une vision sur le long terme. Avançons une journée à la fois, mais gardons en tête l’idée que cet enfant deviendra un jour un adulte. N’oublions pas que les modèles peuvent être très variés.  Appelons-les des véhicules d'opportunités. En plus des parents, on retrouve : les émissions de télévision, les vidéos, You tube, les livres, les autres adultes côtoyés et les pairs. Chaque individu développe son propre répertoire de stratégies par imitation (observation, reproduction totale ou partielle de ce qui est vu, raisonnement sur la pertinence du modèle, etc.).  À travers ces nouvelles acquisitions, le rôle du tuteur sera de soutenir la compréhension de ces tentatives afin de permettre de mettre en lumière les stratégies les plus adéquates. Les contextes sociaux d'apprentissage doivent toujours être vus sous un angle évolutif. Cela permettra de soutenir un apprentissage non-cristallisé puisque les expérimentations sont faites sous supervision, mais aussi en contexte d'autonomie.

De façon générale, il faut tenir compte de la personnalité, des aptitudes, du contexte et de la prévisibilité des évènements pour que l’enfant ou l’adulte puisse profiter des apprentissages. En fait, il observera les comportements et les conséquences. C’est ce qu’on appelle l'apprentissage vicariant. On considère que l'individu profite de l'expérience du modèle afin d'apprendre, mais, avec le temps, il finira aussi à s'approprier et à redéfinir cet apprentissage en fonction de sa réalité. Cette logistique de la pensée permet de saisir les nuances propres à chaque situation, contexte ou individu. Il est donc essentiel que tous les milieux d'intégration en soient conscients dans leur implication au quotidien. Voici deux exemples :

 

1-Julien joue à la balançoire chaque jour à la récréation. Il observe diverses situations en mouvement sans comprendre toutes les interactions, mais il les ressent. L'une de ces situations se complique et Julien y porte une plus grande attention. L'ami qui crie près de l'éducatrice est en colère. Il parle très fort. L'éducatrice discute avec lui, mais il est clair que Julien est beaucoup trop loin pour entendre. Ce qu'il en comprend, c'est que la situation de colère est grandissante. Alors que la situation semble à son apogée et tend à exploser, Julien voit l'ami tendre le doigt du centre de sa main pour signifier sa frustration tout en s'éloignant. Pour Julien ce geste devient un moyen d'exprimer sa colère. Le lendemain, lors du dîner Julien vit une situation très émotive, la colère monte en lui rapidement. Son apprentissage.... Eh oui, il a fait le même geste qu'il a vu la veille.

2- Sophie aurait envie de se joindre à l'activité de soccer libre sur l'heure du dîner à l'école. Cependant, le processus la rend anxieuse, car elle ne le connait pas. Pendant deux semaines, elle mange rapidement son dîner et sort dans la cour afin d'observer ses pairs se rendre à cette activité. Après deux semaines, Sophie connait les étapes par cœur et se joint à l'équipe. La transition étant intégrée, elle n'est plus du tout anxieuse et profite de ce moment social.

Il est important de mentionner que le corps hypersensible peut aussi imiter. Un bel exemple est lors de gestion de crise ou encore, lorsqu’un bébé est en pleurs. Le simple fait de parler doucement et de respirer abaisse le rythme cardiaque. Par ce fait, le corps de l'autre s'adapte en imitant les comportements de notre corps. Par cette illustration, nous voulons mettre l’accent sur le principe fondamental que les enfants devraient profiter d'un maximum d'opportunités pendant toutes leurs heures d'éveil. Et par opportunités, nous conservons le privilège de sélectionner celles qui auront un impact positif au niveau des modèles comportementaux.

 

Malgré le fait que la majorité de nos apprentissages soient vicariants, les individus vivants avec un trouble du spectre de l'autisme ainsi que plusieurs autres troubles neurodéveloppementaux ne peuvent pas profiter de cet apprentissage à son maximum.  Cette condition n’est pas un prétexte pour abandonner et laisser aller.  Il faut chercher des solutions et persévérer dans les moyens et les idées qui permettront à ces jeunes de s’épanouir. Une célèbre citation évoque qu’: « ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » !  Grâce aux recherches et au travail de chaque personne qui s’investie dans la vie des jeunes aillant des troubles neurodéveloppementaux, nous arriverons à une plus grande variété de stratégies compensatoires qui permettront une meilleure intégration et un plus grand choix de moyens pour grandir.

 

Mélanie Deveault et Carline Mervilus

Centre de Formation Grandir Autrement