Préparer l'adolescence de mon enfant

par Carline Mervilus, Coordonnatrice au soutien pédagogique (2016)


Dans la société québécoise actuelle, il serait impensable, voire irresponsable, de ne pas préparer sa retraite, son déménagement, ses arrangements funéraires ou ses vacances. Les événements fréquents, accidentels, joyeux ou tristes du quotidien méritent un temps de cogitation et de planification. Il en va de même pour les différentes étapes du développement de notre enfant. Je vous propose un exercice de conscientisation permettant d’entamer positivement l’inévitable période au cours de laquelle notre progéniture n’est plus vraiment un enfant, mais pas tout à fait un adulte.

QU’EST-CE QUE LA « CRISE » DE L’ADOLESCENCE

Pour débuter, je propose de nous poser les questions suivantes : pourquoi les parents ont-ils si peur de l’adolescence et pourquoi associe-t-on le terme CRISE à l’adolescence?

Mettons les choses en perspective. Les parents ont peur de cette étape parce qu’ils craignent d’avoir à gérer une crise.  Or, tous les êtres humains sont susceptibles de faire des crises à différents moments de leur existence. En fait, il arrive très souvent qu’une personne soit en crise simplement parce qu’elle a de la difficulté à entrer avec plaisir dans une nouvelle étape de sa vie. Il n’y a pas d’âge pour vivre ce genre de difficulté. Qu’ils soient vécus à deux ans, à l’adolescence, durant la quarantaine ou au courant de la cinquantaine, les comportements déviants correspondent souvent à un manque d’adaptation, de préparation et d’acceptation face à une étape de sa vie.

Qu’on appréhende l’étape normale de l’adolescence ou pas, nous le savons, la préparation reste un allié de choix. De plus, il est nécessaire de se rappeler que l’élaboration d’un plan ne prétend pas donner le contrôle absolu et la prévision certaine de nos attentes.  Toutefois, cela permet de déterminer ce qui est réellement important pour nous et également de clarifier nos idées.  

Il faut savoir que « tous les adolescents n'entrent pas en « crise », et que le monde des adultes confond souvent un peu vite toute une classe d'âge avec une minorité un peu plus visible qui sait faire parler d'elle ! »[1]. Ce qu’il faut redouter, ce n’est pas l’âge de l’individu, mais les choix douteux ou dangereux.  Ceux-ci ne se produisent pas qu’à l’adolescence.

En Amérique du Nord, la « crise » d'adolescence est souvent décrite comme un passage obligé, mais quelques auteurs, comme Michel Fize, sociologue et chercheur, la remettent radicalement en question.  Ces auteurs affirment clairement qu’elle émane d’une origine socialement construite et est le produit des sociétés occidentales. 

« L’adolescence n’est pas un problème, mais une phase d’adaptation. L’individu doit s’adapter à différentes étapes de sa vie, selon qu’il est un bébé, un enfant, un adolescent, un jeune adulte, un adulte, une personne d’âge mûr et un vieillard. Chacune de ces phases ayant son lot d’exigences, il s’agit maintenant de déceler ce qui pourrait nous sembler un comportement à risque d’équilibre mental chez l’adolescent. On ne parle donc plus de crise mais de différentes phases, parfois traversées de manière plus ou moins difficile. »[2]

CHANGER DE MENTALITÉ ET MIEUX SE PRÉPARER

Le magazine bimensuel mondial  L’actualité  publiait en 2009 une entrevue avec le chercheur Robert Epstein. Celui-ci déclarait alors ce qui suit : « Plus de 100 sociétés dans le monde ne connaissent pas l’adolescence. Et même en Occident, elle n’existe que depuis un siècle ». Tous les enfants du monde passent par des changements physiologiques, hormonaux, sexuels, intellectuels et émotionnels. Alors, pourquoi cette étape déclenche-t-elle chez nos jeunes occidentaux cette tendance à la dépression, aux comportements déviants, à la revendication excessive et au suicide?

La nuance se manifeste dans la perception.  La nôtre et la leur.  Si nous les percevons ou s’ils se perçoivent comme de grands enfants plutôt que comme de petits adultes, nous assisterons au prolongement de cette phase et les conséquences seront bien palpables. La caricature de l’éternel adolescent décrit bien cette réalité.  Les enfants qui ne décollent plus du foyer familial et qui y font la loi représentent une réalité répandue. Un terme a d’ailleurs été inventé pour les identifier : il s’agit des « adulescents ».  

Pour éviter ce manque d’autonomie, il faut bien comprendre les différentes périodes du développement de l’enfant et nous y adapter. Les enfants sont en constante évolution. Il est important de comprendre que nous ne pouvons pas adopter le même style parental tout le long du parcours de leur vie. Il y a un temps pour les contrôler, un temps pour les former, un temps pour les conseiller et un temps pour développer l’amitié avec eux!

Avant d’expliquer ces concepts, les parents doivent savoir qu’ils exercent plus d’influence dans la vie d’un enfant qu’ils peuvent le croire. Toutefois, il y a une condition : il faut que ceux-ci aient une part active dans leur vie. Pour éviter que d’autres influences prévalent et que les compagnons de jeux exercent plus d’influence dans la vie de vos enfants que vous, vous devez passer du temps à jouer, à parler et à interagir avec eux durant toutes les phases de leur existence.  Si vous passez moins de temps à instruire votre enfant qu’il n’en passe à regarder la télévision, à jouer aux jeux vidéo ou à jouer avec d’autres enfants, vos jeunes seront la proie d’influences extérieures aléatoires. « Aujourd’hui, les teenagers passent environ 70 heures par semaine avec leurs pairs, ce qui ne leur laisse pas beaucoup de temps pour les adultes. En moyenne, les ados américains passent 30 minutes par semaine avec leur père… dont la moitié devant la télé! Pas étonnant que la communication avec leurs parents soit difficile! Les jeunes apprennent à peu près tout ce qu’ils savent des autres ados, alors que pour devenir des adultes, ils ont besoin d’avoir plus de contacts avec leurs aînés »[3], rappelle le psychologue américain, Robert Epstein.

Rappelons-nous que l’objectif ultime à atteindre comme parent, c’est que nos enfants  soient autonomes, responsables et équilibrés. Par où commencer? Voici les différentes étapes qui nous mènent à la maturité :

Étape 1 : Phase de contrôle.
C’est le début de la vie de l’enfant. Il est important, durant cette phase, que le parent démontre de l’amour en établissant son autorité. Le monologue intérieur du parent ressemble à ceci : « Je t’aime, alors fais-moi confiance dans l’établissement des limites ». Pour ce qui est de l’enfant, il s’agit de l’étape au cours de laquelle il développe son sentiment de sécurité. Son discours interne est celui-ci : « Aidez-moi! ».  L’éducation passe par le savoir-faire à ce stade-ci.  L’enfant n’a pas besoin de savoir le pourquoi du comment dans la phase de contrôle. Il faut surtout lui montrer comment être et donner de courtes informations sans argumentations. C’est le moment d’apprendre à l’enfant à se contrôler et à reconnaître ses figures d’autorité. Très tôt, il faut travailler l'entêtement et le manque de discipline.

Les enfants ont cette incroyable capacité de se contenter de peu. Par contre, plus on leur en donne, plus ils ont tendance à être blasés. Un trop grand éventail de choix de jouets, d’objets, de repas et d’activités n’est pas bénéfique pour leur équilibre.  Il ne faut pas nourrir la soif d’obtenir facilement et rapidement, à cet âge. Les jeunes enfants doivent développer l’aptitude d’attendre, de vivre avec peu de choix ou de variétés.  C’est aux parents et aux éducateurs de créer cet environnement, car très tôt, ces enfants deviennent des adolescents et des adultes difficiles à contenter et qui s’attendent à obtenir les choses facilement et rapidement. L’acquisition d’un bien, d’un privilège ou d’un besoin ne doit pas se faire trop rapidement dans le temps afin de ne pas encourager la gratification immédiate et l’inadaptation.

Le terme « discipline » a parfois une connotation négative parce qu’on l’associe à une punition alors que discipliner, c'est  donner une direction. La punition n'est qu'une infime partie de la discipline. De plus, la discipline sans amour devient de l’autoritarisme. En effet,  il y a une nuance à faire entre la position d’autorité et l’autoritarisme.  Nous pouvons exercer cette position et ne pas en abuser. Le parent est une figure d’autorité et l’enfant a besoin de savoir qu’il y a quelqu’un qui en a la responsabilité. Les parents qui gardent un style parental autoritaire durant l’adolescence n’aident pas les jeunes à évoluer de façon saine et équilibrée.  Si votre autorité a été bien établie en bas âge, il y a de fortes chances que vous n’ayez pas à convaincre votre jeune que vos règles méritent d’être respectées lorsqu’il aura 14 ans.

Étape 2 : Phase de formation.
Il s’agit de la période pendant laquelle l’enfant découvre énormément de concepts plus abstraits. Le discours qu’il entretient est : « Enseigne-moi et dis-moi comment je dois interpréter les événements, les sentiments et les situations qui étaient pour moi inconnus ». Le parent doit entretenir le monologue suivant : « Je veux te former en te transmettant la bonne façon d’agir et de réfléchir». C’est une période d’apprentissage cognitif.  Entre 5 et 11 ans, c’est le moment de donner à l’enfant des connaissances morales plus élaborées pour préparer la phase d’intellectualisation qui se fera à l’adolescence.  L’enfant aura besoin qu’on lui explique, car il veut connaitre certains détails du monde qui l’entoure et nous devons nous attarder à bien expliquer. À l’étape 1, il fallait lui dire quoi faire et apporter une assistance physique pour le comment.  À l’étape 2, on explique soigneusement le pourquoi afin de l’encadrer dans sa réflexion. Durant cette phase, il faut  transmettre des connaissances qui se colleront à la pratique. Les cas vécus, les exemples, les scénarios sociaux plus élaborés et les livres sur différentes thématiques pourront aider les jeunes à évoluer dans leurs apprentissages.

Pour aider à la formation, deux modes de fonctionnement seront utilisés :

L’orientation : Comme la famille est une microsociété, le couple doit déterminer et s’entendre sur les valeurs familiales et sociales qu’il désire transmettre pour ne pas créer d’ambiguïtés.

La modélisation : Il s’agit de votre exemple au quotidien.  Il n’est pas question de perfection, mais d’efforts continus afin d’atteindre un objectif. Être un modèle dans notre façon de penser, de parler et d’agir a une influence positive sur la discipline. Montrer aux enfants ce qui est bien est de loin supérieur à la punition.

Les enfants sont très ouverts à cette étape.  Ils veulent constamment être enseignés et en savoir plus, car l’activité intellectuelle et créatrice prend forme.  Par contre, ils ont encore besoin d’être guidés pour ce qui est du comportement de façon général. Il est très judicieux de les faire participer aux tâches ménagères, de leur demander de partager leur point de vue dans l’élaboration des règles de vie de la maison et même de demander leur participation à l’organisation des fêtes. C’est important et cela s’apprend.  Il est certain, toutefois que ce n’est pas toujours évident… Nous devons les aimer en nous rappelant que :

•             Les enfants auront des comportements enfantins;

•             Sachant que la plupart des comportements enfantins sont déplaisants, nous devons agir en adulte.  Cela implique que nous allons les aimer malgré le comportement à corriger, que nous serons patient, calme, disponible, respectueux et réfléchi dans nos interventions; 

•             Si je les aime uniquement lorsqu’ils me font plaisir, ils ne se sentiront pas véritablement aimés et cela entraîne de l’insécurité.  Nous aimons une personne plus que son comportement.

Étape 3 : Phase de rationalisation de l’autonomie.
Durant cette période, les parents doivent démontrer la véracité et la fonctionnalité des informations transmises au cours des phases précédentes. Le monologue intérieur de l’adolescent ressemble à ceci: « Montre-moi à quel point c’est important et je déciderai si j’y adhère ou non ».  Nos interventions et nos valeurs doivent avoir du sens. Le monologue intérieur du parent devrait-être celui-ci : « Je vais te montrer à quel point cela aide réellement d’agir et de penser comme cela. » Au cours de cette étape, les jeunes ont besoin de relever des défis qui leur permettront de gagner en assurance.  De plus, la maturité émotionnelle est un élément clé qui se développe grandement durant l’adolescence.  Pour arriver à une meilleure rationalisation et une maturité émotionnelle responsable, le jeune doit apprendre à :

1) accepter de vivre adéquatement avec les incertitudes de la vie;

2) être capable d’attendre et de se contrôler afin de ne pas tomber dans les pièges de la gratification immédiate.

Ces deux éléments importants aident à ne pas avoir peur de l’autonomie. Vous savez, les adolescents deviennent très ingénieux lorsqu’il s’agit de conserver les privilèges de l’enfance, mais vous remarquerez qu’ils demandent en même temps d’avoir les mêmes droits que les adultes…

À l’adolescence, la discipline de vie commence à s’installer.  À cette étape du développement, la discipline devient cette capacité de transformer un principe de vie en action.  De plus, arriver à la maturité, c’est être en mesure de calculer de façon rationnelle et objective les dangers relatifs à nos choix.

De façon générale, nous pouvons observer la maturité émotionnelle d’une personne à travers sa conduite automobile, sa façon de s’habiller,  son aptitude à prendre soin des autres, le choix de ses amitiés, ses habitudes alimentaires, ses habiletés d’écoute etc. Pour aider ce processus, c’est le moment d’encourager le jeune à fonctionner de façon autonome en organisant des responsabilités d’adulte et en le conseillant. Comme la confiance se bâtit dans l’action, il ne faut pas trop protéger votre jeune. Cela l’empêche de trouver des moyens  propres à lui de s’adapter aux diverses situations qui se présentent. Si l’entraînement de la phase précédente a été établi et compris, vous pouvez faire  de plus en plus confiance à votre jeune. Il a encore besoin de vous à titre d’entraîneur, mais n’en faites pas trop pour lui, car les vrais défis commencent. Il se questionne sur votre approche et vous interroge? C’est légitime. Il ne faut surtout pas prendre cela pour un affront; il rationalise et intègre ces valeurs et ces comportements que vous avez transmis.

Étape 4 : Phase de la maturité.
C’est la période au cours de laquelle la personne devient un modèle pour les autres. Elle n’est pas parfaite, mais ses connaissances et ses expériences se raffinent parce qu’elle travaille activement à s’améliorer et ce, au point de pouvoir transmettre son savoir à d’autres. Cette personne devient un leader qui saura prendra soin des autres.  Le respect mutuel est vécu au sein de la famille et de la société. En termes de relations, il s’agit de la période au cours de laquelle nous développons une amitié avec nos enfants et continuons de les conseiller. Cette étape se prolonge pendant le reste de notre vie.

Être content et fier de voir nos enfants grandir est possible. Il faut les accompagner dans cette aventure qu’est la vie en les préparant  aux instabilités et aux incertitudes.  Nous devons les aider afin qu’ils puissent les affronter de façon adéquate pour éviter que la peur ne les paralysent. La vie vaut la peine d’être vécue et nous devons cultiver cette pensée dans l’esprit de nos jeunes. Des discours encourageants tel que : il ne faut pas abandonner, il faut persévérer, nous avons tous quelque chose à apporter,  nous motivent et motivent nos jeunes.

L’adolescence commence à se préparer d’abord au niveau de la perception que nous en avons et que nous transmettons.  Notre vision et notre perception aura des incidences sur notre façon d’intervenir et de réagir. De manière générale,  nos actions et nos paroles vont faire la différence.  Tout petit, il faut leur apprendre l’obéissance, durant l’enfance, il faut travailler à accroitre leur habileté de réflexion et finalement, nous devons les accompagner et les conseiller en ce qui concerne leurs responsabilités d’adultes. Au cours de chacune de ces étapes, notre objectif est de développer une plus grande capacité d’adaptation pour vivre des moments de transitions harmonieux.



[1] http://sante-medecine.journaldesfemmes.com/contents/941-crise-d-adolescence

[2] http://www.aqpamm.ca/test/crise-dadolescence-ou-maladie/

[3] http://www.lactualite.com/societe/assez-de-cette-culture-idiote/